#1 étudier en tant que sourd à l'université
Christian lors d'une soirée estivale pendant les vacances en 2003 après une période intensive d'études
J'étais l'un des rares étudiants sourds en Suisse à poursuivre des études supérieures. Comme les étudiants entendants, j'ai fréquenté les cours et bénéficié du soutien d'interprètes en langue des signes. Malgré des conditions d'inscription, d'accès aux cours et de participation aux examens similaires à celles des autres étudiants, j'ai été confronté à une situation extrêmement déconcertante. Lors d'un examen oral de 30 minutes, un professeur a d'abord refusé la présence d'interprètes en langue des signes et a préféré que je passe un examen écrit de 4 heures, craignant une aide potentielle des interprètes pour répondre aux questions.
Cette décision m'a profondément choqué car elle semblait clairement discriminatoire. Étant sourd et ayant la langue des signes comme langue maternelle, le français écrit étant ma seconde langue maternelle, je ne peux pas répondre de manière orale et je ne comprends pas parfaitement la lecture labiale. Sans interprètes lors des examens, cela aurait été un véritable cauchemar ! J'ai refusé fermement de participer à un examen écrit, contrairement aux étudiants entendants, insistant sur le principe d'égalité des conditions pour tous. J'ai immédiatement signalé cette injustice aux autorités universitaires, et après réexamen de la situation, j'ai finalement obtenu le droit de passer l'examen oral avec mes interprètes en langue des signes.
Tous les six mois, je devais m'inscrire pour un nouveau semestre d'études et organiser la présence des interprètes aux cours. Cela impliquait de demander un horaire de cours adapté pour réserver les interprètes, d'informer les professeurs de la nécessité d'interprètes, et de fournir à l'assurance-invalidité les heures nécessaires pour financer cette interprétation. Ces démarches administratives ont représenté une charge supplémentaire importante que je devais gérer, alors que les étudiants entendants n'ont qu'à s'inscrire pour leurs cours chaque semestre. L'assurance-invalidité m'a également mis sous pression pour que je lui fournisse les résultats de chaque session d'examens afin de pouvoir financer l'interprétation pour le semestre suivant.
Malgré ces défis, mes cinq années d'études universitaires ont été une expérience enrichissante. Cependant, ma vie d'étudiant a été rendue plus difficile par le fait que je ne pouvais pas obtenir de job d'été pour subvenir à mes besoins. De nombreux employeurs ont refusé de m'embaucher, certains allant même jusqu'à téléphoner à ma mère pour exprimer des préoccupations au sujet de ma sécurité en raison de ma surdité. Pour moi, il est crucial que les étudiants en situation de handicap ne soient pas préjugés, car ils ont les mêmes droits que tout le monde, sans discrimination dans le cadre des études.